QUEL AVENIR POUR LES PRODUITS DE BIOCONTROLE ?

L’Agriculture française à l’image de la société française change sous l’impulsion des Hommes. À tort pour certains, à raison pour d’autres, ces changements sont inéluctables et doivent être accompagnés.

Agriculture biologique, agriculture de conservation, agriculture naturelle, agroforesterie, produits de biocontrôle, les outils à disposition des agriculteurs se multiplient.

Aidés par les organismes para agricoles, les agriculteurs ont à leur disposition de nouvelles méthodes qui doivent être réfléchies, expérimentées afin d’en mesurer les effets techniques, environnementaux et bien sûr économiques.

Le feuilleton médiatique sur le glyphosate, la reconnaissance des maladies professionnelles, la volonté de diminuer l’IFT (Indice de Fréquence des Traitements) vont pousser ceux qui soignent les cultures vers une autre façon de travailler ou plus encore vers d’autres méthodes :

L’utilisation de produits de biocontrôle en est une.

Cette technique appelée aussi CHIMIE VÉGÉTALE consiste à utiliser des micro-organismes afin de lutter naturellement contre les insectes et les maladies fongiques.

Extraits Fermentés, Décoctions, Huiles essentielles, Macération huileuse, Tisane, Micro-organismes efficaces sont des techniques permettant d’extraire des plantes des molécules capables de prévenir ou d’éliminer les attaques diverses subies par les cultures. D’abord destinés aux productions maraichères et arboricoles, les produits de biocontrôle se développent maintenant en cultures céréalières et viticoles.

Toutes ces plantes ont des fonctions bien particulières : La prêle pour sa richesse en silice, la laminaire pour la laminarine, le ricin pour la ricine, l’ail pour les sulfures …

Pour exemple, l’ail servira ainsi pour ses propriétés fongiques et répulsives, le ricin pour ses propriétés toxiques. Tous les mélanges sont testés en laboratoire, puis en microparcelles avant d’être divulgués plus largement aux agriculteurs pour des pulvérisations en plein champ.

Mais l’utilisation de cette phytothérapie ne se fait pas à l’aveugle. De mauvaises manipulations, des mélanges antagonistes ainsi que des applications mal appropriées peuvent rendre les produits non efficaces, voire létaux pour les cultures.

La phytothérapie peut aussi se concevoir en approche globale sur l’exploitation en y intégrant de nombreux éléments de mesure et de gestion du sol : couverture du sol, pH, conductivité, travail du sol, tassement du sol, apports d’engrais …

Il convient également d’ajouter que les produits de biocontrôle peuvent être aussi bien utilisés en production biologique qu’en combinaison avec l’agriculture conventionnelle. Ainsi, les agriculteurs peuvent utiliser la chimie de synthèse pour le désherbage et la chimie végétale pour lutter contre les insectes voire les maladies fongiques et l’application au champ se fait avec un pulvérisateur traditionnel.

L’Expert Agricole pourra donc avoir pour mission de vérifier l’impact de ces techniques utilisées en globalité ou fractionnées sur les cultures en analysant les effets sur les plantes, notamment en cas d’aléas climatiques.

La phytothérapie n’est pas nouvelle puisqu’elle est utilisée depuis des siècles (et plus encore) en santé humaine et animale. En santé végétale, ces pratiques ne se sont jusqu’alors pas développées faute de vulgarisation et d’intérêts économiques. Mais les temps changent et, nous assistons bien à un nouveau phénomène : 

–          Des formations sur les produits de biocontrôle sont complètes plusieurs mois à l’avance,

–          Les exploitants agricoles sont sensibles à la pression qu’exerce la société quant à l’utilisation de produits phytosanitaire et à la nécessité de changer certaines pratiques agricoles,

–          Les firmes chimiques investissent aujourd’hui dans la recherche sur le biocontrôle.

Tous ces signes montrent qu’un changement s’amorce. L’expert pourra bientôt être interrogé dans ce domaine avec la prise en compte de conduite alternative dans : 

–          Les calculs d’indemnisation de perte de culture (quelles conduites de phytothérapie sont utiles et justifiées et comment les indemniser ?)

–          Les estimations de rentabilité économique d’une exploitation et dans sa valorisation dans le cadre d’une transmission

–          Les préjudices de voisinages (odeurs, dérives…)

Au-delà de toutes convictions individuelles, les experts fonciers et agricoles par leur pratiques et les méthodes mises en œuvre participeront au juste arbitrage de ce qui peut ou non être pris en compte dans l’appréciation de la valeur.

Emmanuel COTE, Expert Foncier Agricole